Atelier “végétalisation, jardins partagés… mode d’emploi et retours d’expériences”

Vendredi 10 mars 2017

Début 2017 Marseille comptait plus d’une cinquantaine de jardins collectifs. Certains sont très récents mais d'autres ont une longue histoire… nous avons donné la parole à leurs porteurs de projet pour partager avec eux leur expérience et leurs conseils !

Comment mettre en place un jardin partagé et avec quels objectifs ?
Comment le faire vivre et l’animer dans la durée ?
Quelle implication des habitants, à quelles étapes du projet ?


Retours d'expériences

Le jardin potager du Belvédère à La Viste (13015)

30 parcelles individuelles et des parcelles collectives. Pour vous faire une idée précise du jardin et de son montage, lisez l'article de la Politique de la Ville.

Les étapes du projet résumées

  1. Terrain vague, décharge. Des jeunes qui y jouent.
  2. Les habitants craignent le rachat du terrain par des promoteurs. Le centre social décide de s’emparer du potentiel du site, mais ne sait pas faire de concertation avec les habitants : il fait appel à Arènes.
  3. Arènes fait du porte-à-porte autour du terrain, distribue des flyers, affiches, invitations à des réunions d’habitants.
  4. 1ère réunion publique : beaucoup de participants mais assez virulents. Les habitants demandent une piscine, des jeux… l’idée de jardin a émergé au bout de plusieurs réunions (compliqué, il y a eu des réticences). Mais le projet n’était pas refusable. Il est à accompagner pour éliminer les craintes (projet le moins nuisible au final).
  5. Au fil des réunions, le règlement intérieur s’est écrit collectivement. Le centre social a porté le projet dans ses premières années et a embauché un animateur jardinier. Puis l’association du jardin s’est créée. Les statuts ont été rédigés avec les habitants.
  6. Convention d’occupation avec la Ville, qui est propriétaire du terrain.
  7. Mise en place du jardin par les habitants et le centre social.
  8. Aménagements de mobilier : un abris par le collectif ETC, des tables par Sud side.
  9. Aujourd’hui le jardin est géré par l’association du jardin qui emploie un animateur. Le centre social est adhérent. Des classes et groupes de centres aérés sont accueillis par l’animateur du jardin.

Jardin d'agrément de Campagne Lévêque (13015)

Jardinet en pied de cité, situé devant la Maison Pour Tous où sont plantés des fleurs, quelques plantes aromatiques et légumes.

Les étapes du projet résumées :

  1. Terre-plein central, espace abandonné, lieu de deal.
  2. Une association d’habitants (Collectif environnement) décide de l’investir avec les enfants pour améliorer le cadre de vie.
  3. Les enfants viennent cultiver une petite parcelle et entretiennent le jardin d’agrément.
  4. La Maison Pour Tous prend le relai car c’est difficile pour l’association locale de tenir dans le temps (le jardin existe alors depuis plusieurs années). Une animatrice est embauchée en contrat aidé pour l'entretenir avec les enfants.
  5. Les habitants demandent du mobilier pour se retrouver : la Maison Pour Tous fait appel à Yes We Camp ! et sa Caravanade pour construire des tables et des bancs avec les habitants.

Les bonnes pratiques et points de vigilance

A partir de ces présentations, nous avons échangé pour dégager des bonnes pratiques pour développer ces activités mais aussi pour identifier les points de vigilance et de blocage.

Points de vigilance

- Parcelles individuelles ou collectives ? Les parcelles individuelles répondent à une demande de jardiniers qui sont motivés à cultiver pour leurs propres besoins, qui ont besoin d’être « chez eux ». Du coup ils s’investissent et les parcelles sont plutôt bien entretenues. La limite est que cela ne favorise pas la rencontre et l’échange entre jardiniers.
Les parcelles collectives  peuvent être cultivées par des écoles, centres aérés ou associations. Elles peuvent aussi être thématiques et gérées par tous les jardiniers : le jardin des plantes mellifères, les aromatiques…
Une autre piste peut être intéressante : réserver une parcelle collective pour les jardiniers en attente de parcelle individuelle.
S’il y a de la place, les deux systèmes peuvent être complémentaires.

- Prévoir des espaces collectifs, des lieux de vie et de convivialité pour avoir l’occasion de partager et d’échanger : tables de pique-nique, barbecue, abri contre la pluie, des bancs…

- Jardins en pied d’immeuble dans les cités : dans certains quartiers les femmes ne veulent pas jardiner à la vue de tous. Alors ce sont les enfants qui sont impliqués (activités du centre aéré, écoles…). Les dégradations sont nombreuses mais il faut tenir le coup car avec le temps cela se tasse et cela devient un lieu agréable pour le quartier. Les habitants sont alors demandeurs d’aménagements pour se retrouver (bancs, tables de pique-nique).

- L’animation du jardin : la présence d’un animateur du jardin est nécessaire pour sa pérennité. Cultiver demande de l’anticipation, de l’organisation et de connaître les plantes, les techniques de culture. L’animateur peut apporter tout cela, surtout si les habitants sont en difficulté et qu’ils ont besoin d’être soutenus. Il aide à régler les différents, remotive quand il y a des dégradations, coordonne et impulse aussi une dynamique collective : organisation de temps festifs, de découverte d’autres jardins, de récupération de matériel, de fumier, de chantiers collectifs…
Enfin son travail est d’accueillir des groupes pour cultiver les parcelles collectives : animation jardin pour les écoles, centres aérés.

Le financement de son poste peut être mutualisé (la fédération des AIL par exemple emploie un jardinier qui intervient sur 4 jardins à Marseille). L’AMIEU intervient aussi plusieurs jardins. La Politique de la ville intervient souvent dans son financement. Ce sont souvent des emplois aidés.

- Demande d’autorisation au propriétaire du terrain : soit le terrain appartient à la Ville, soit à un propriétaire privé (bailleur ou syndic si c’est une copropriété). Dans tous les cas, il faut le contacter, lui proposer le projet pour avoir son autorisation. Il peut aussi venir en aide en fournissant soit des matériaux, de la terre, des plantes…
Pour les terrains municipaux, la Ville peut clôturer le terrain, mettre un point d’eau, apporter de la terre, donner des plantes… Pour cela, il faut signer une convention avec le service des jardins partagés à la Ville.

Les bailleurs ont souvent déjà des expériences de jardins partagés, comme Logirem, 13 Habitat…

 

Bonnes pratiques

- Implication des habitants et riverains, gage de pérennité de l’action qui ne repose pas sur une seule structure de quartier et qui peut aboutir à la création d’une association spécifique à la gestion du jardin :

Mobiliser des habitants, des riverains (porte à porte, flyers…), les usagers actuels de l’espace et des structures locales qui pourraient être intéressées.
Construire avec eux un projet collectif qui fédère et soit un compromis entre les attentes (parfois contradictoires) et exigences de chacun (notamment celles des riverains), ce qu’il est possible de faire sur le terrain (en fonction de ce que le propriétaire accepte, de la nature de la terre, de l’investissement des habitants, des financements…). Il y a souvent des réticences au départ. Il ne faut pas s’arrêter à ça et savoir y répondre et rassurer (la visite de jardins existants peut y contribuer). 

Cette étape peut prendre du temps, mais elle est nécessaire pour que le projet soit solide et accepté de tous.

Des opérateurs spécialisés peuvent venir en aide sur cette mission (voir liste plus bas) ou cela peut être la mission du centre social, MPT ou autre structure locale…

- Réfléchir collectivement aux règles de vie du jardin, écrire ensemble le règlement intérieur, et ce dès le départ : compteur d’eau individuel ou collectif, hauteur des clôtures des parcelles, autorisation de planter des arbres sur des parcelles individuelles…

A savoir
La Métropole Aix-Marseille Provence fournit les composteurs et leur entretien + formations pour les animateurs jardiniers


Les opérateurs de la végétalisation à Marseille

L'AMIEU (l'Atelier Marseillais d'Initiatives en Ecologie Urbaine), association qui accompagne la création de jardins collectifs, anime des ateliers pédagogiques.

Le réseau des jardins solidaires méditerranéens qui met en place des actions, comme des formations, qui ont pour objectif de développer les connaissances de leurs membres, leurs savoir-faire par l’échange réciproque de leurs expériences afin de pérenniser les activités de chacun.

L'association Jardinot qui propose des formations pour les jardiniers amateurs désireux de s’informer, échanger et partager des connaissances et des pratiques. Contact à Marseille : Anna Pauchet.

Le PADES (programme autoproduction et développement social) qui accompagne la mise en place de jardins solidaires qui représentent pour eux un outil de développement social urbain. Contact en PACA : Florence Ghestem.

Arènes, association d'animation de démarches participatives qui peut aider au montage du projet de jardin, à la mobilisation d'habitants.

Le Fil à initiatives, association qui est notamment spécialisée dans la mobilisation d'habitants pour mener un projet collectif.

 


Ressources en ligne sur cette thématique

 

 

 

Le guide pour la végétalisation des rues de Marseille et des villes de l’espace littoral méditerranéen, édité par Passeurs de jardins. Guide complet et très pratique... indispensable pour se lancer dans l'aventure de la végétalisation de rues !

 

 

 

 

 

L'article assez complet "Y'a un jardin dans ma cité" de la Politique de la Ville qui répertorie les jardins, présente leur démarche et leur fonctionnement, leur financement...

 

 

 

 

 

La cartographie des jardins partagés et familiaux de Marseille (blog Libres chemins)

 

 

 


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